Le paradis des chantiers navals : le riche passé maritime de Zumaia

07/05/2026

Quiconque arrive à Zumaia associe immédiatement la ville à la mer. Le port, les bateaux, le rythme des marées… toutes ces images occupent une place majeure dans l’imaginaire collectif. Pourtant, l’histoire maritime de Zumaia recèle une autre facette importante, souvent reléguée au second plan : la construction navale et le commerce maritime.

Car Zumaia n’a pas seulement été un port de pêche, mais aussi, pendant des siècles, un point stratégique pour la construction d’embarcations et le développement du trafic maritime.

Parler du patrimoine maritime de Zumaia, c’est évoquer l’ensemble des liens historiques, économiques, sociaux et culturels que la localité entretient avec la mer. Il ne s’agit pas d’un élément isolé, mais de l’empreinte globale que la mer a laissée dans l’identité de la ville : dans le paysage, dans l’économie, dans la culture et dans la vie quotidienne.

Zumaia en est un exemple particulièrement parlant. Dans le contexte de l’importance qu’ont eue les chantiers navals à différentes époques sur la côte basque, on recense déjà 11 chantiers dans la ville au XVIe siècle, et jusqu’à 12 au XXe siècle. Ces chiffres ne doivent rien au hasard : ils témoignent de la capacité technique de la commune, de sa situation géographique privilégiée et d’une activité économique solidement ancrée dans le domaine maritime.

Mais quels types de bateaux y construisait-on ? Qui exerçait ces métiers ? Et quelles traces cette activité a-t-elle laissées ?

Pour répondre à ces questions, nous nous sommes plongés dans le patrimoine maritime de Zumaia en compagnie d’Inaxio Manterola et de Goiz Eder Iturain, membres de l’association Beduola.

Historiquement, la pêche n’a pas joué un rôle majeur à Zumaia, contrairement à la construction navale et au commerce. Le port de Zumaia accueillait environ 600 embarcations par an. Quels facteurs ont rendu cette activité possible ?

Inaxio Manterola : Outre la construction navale, le commerce occupait également une place importante à Zumaia. Autrefois, le cabotage était très pratiqué : il s’agissait de transporter des marchandises et des passagers entre différents ports. Les navires partaient de Pasaia, faisaient escale à Zumaia, puis poursuivaient vers Bilbao, Santander, Gijón ou même A Coruña. C’était une sorte de croisière, mais plus économique. Ces bateaux transportaient de la ferraille et du ciment, car Arroa, Narrondo et Zumaia comptaient parmi les principaux centres de production et de chargement de ciment en Europe. Ce fut l’un des facteurs clés.

Toute cette activité a donc fait de Zumaia un port important, n’est-ce pas ?

I.M. : Outre les cimenteries mentionnées, les ressources minérales de la région ont également joué un rôle essentiel. Ici, dans des lieux comme Bedua, on produisait un type particulier de ciment appelé ciment hydraulique. Il a la particularité de durcir rapidement sous l’eau, ce qui le rendait très utilisé dans la construction de ports.

Goiz Eder Iturain : Il ne faut pas oublier l’importance du chemin de fer de l’Urola. Des navires de marchandises arrivaient au port de Zumaia avec du charbon en provenance des Asturies, indispensable pour les cimenteries, ainsi que de la ferraille pour l’industrie sidérurgique. Tout cela était chargé dans le train et transporté jusqu’à Zumárraga, avec un arrêt dans l’entreprise Marcial Ucin d’Azpeitia. Au retour, le train revenait chargé de ciment destiné à approvisionner les navires. Tout cela a fait de Zumaia un port de marchandises de premier plan.

Mais le port de Zumaia était déjà important bien avant tout cela. Il est attesté qu’au XVIe siècle, la ville comptait 11 chantiers navals. Que représente un tel niveau d’activité ? Et quand a commencé son déclin ?

G.E.I. : D’Oikia à Zumaia, on trouvait un grand nombre de chantiers navals, tous très proches les uns des autres. Il y avait en outre un avantage considérable : les forêts de la région, composées de chênes, étaient bien entretenues. Le chêne était le meilleur bois de l’époque, et il était abondant dans toute la vallée de l’Urola.

Que fait l’association Beduola pour faire connaître ce patrimoine ?

I.M. : D’un côté, il y a le patrimoine matériel : les petites embarcations, les bateaux… Beaucoup ont coulé ou ont disparu, car à l’époque, leur conservation n’était pas jugée importante. Beduola n’est pas Albaola, mais nous faisons, dans la mesure de nos moyens, revivre les petites embarcations en bois encore existantes. Quant au patrimoine immatériel, nous cherchons à préserver les savoirs : comprendre comment on construisait les bateaux, comment on réalisait les nœuds marins, quelles étaient les techniques de pêche… Heureusement, il reste à Zumaia des personnes très expérimentées, dont nous essayons d’apprendre. L’objectif est de ne perdre ni le patrimoine matériel ni le patrimoine immatériel.

G.E.I. : En ce qui concerne le patrimoine immatériel, nous aimerions que les habitants de Zumaia, en particulier les enfants, renouent avec l’eau. Autrefois, l’usage des bateles permettait d’entretenir un lien direct avec la mer ; aujourd’hui, ce lien a évolué, et il serait beau de retrouver cette sensation de toucher l’eau en naviguant sur un batel.

Où et comment peut-on découvrir ce patrimoine ?

I.M. : Nous ne disposons pas d’une exposition permanente, mais nous organisons régulièrement des activités autour des embarcations que nous avons restaurées : nous ouvrons notre local, installons des panneaux explicatifs, mettons les bateaux à l’eau… Bien que toutes les embarcations se trouvent généralement dans la ria, nous aimerions pouvoir les rassembler en un seul lieu, mais nous ne disposons pas d’un espace adapté.

G.E.I. : Par ailleurs, tous les deux ans, nous cherchons à faire connaître notre travail : nous organisons des expositions, offrons aux habitants la possibilité de naviguer en barque… Nous participons également à des événements organisés par d’autres associations de bateliers, comme le Batelero Eguna.

I.M. : Nous aimerions beaucoup pouvoir utiliser le dernier chantier naval ayant fermé à Zumaia, celui de Bedua, car ce serait l’endroit idéal pour regrouper toutes nos embarcations. Les installations conviendraient parfaitement à nos activités, mais le site est privé, ce qui complique les choses. Nous sommes convaincus qu’un élément faciliterait la mise en valeur du patrimoine : disposer d’un ponton dans le port de Zumaia. Cela nous permettrait d’exposer toutes les embarcations avec leur histoire et leurs caractéristiques. Nous gagnerions en visibilité, mais nous ne percevons aucune volonté de la part du Gouvernement basque. C’est regrettable : il n’y a pas de réelle volonté de promouvoir le patrimoine.

G.E.I. : Il est essentiel de comprendre ce qu’est le patrimoine et l’importance qu’il revêt. Nous pensons qu’il est indispensable de le préserver et de le faire connaître, et, pour cela, des soutiens sont nécessaires.